La production de panneaux solaires pourrait revenir en Europe

La relocalisation industrielle d’un certain nombre d’activités jugées stratégiques n’est plus taboue en cette période de crise sanitaire mondiale due au Covid-19. Les énergies renouvelables pourraient en faire partie et le ministère de l’économie a demandé aux professionnels de la filière de faire des propositions.


Les éoliennes continuent de tourner, les panneaux solaires fonctionnent à plein régime avec le beau temps qui s’est installé sur la France ces derniers jours. Globalement, les énergies renouvelables s’en sortent plutôt bien dans la crise actuelle du Covid-19. Beaucoup bénéficient encore d’un tarif de rachat et comme elles disposent d’un accès prioritaire au réseau, elles ne sont guère pénalisées par la chute d’environ 15 % de la consommation électrique observée depuis le début du confinement.

Une grande dépendance vis-à-vis de la Chine

Avec le confinement, les producteurs d’énergies vertes doivent faire face à l’arrêt de la quasi-totalité des chantiers de construction, ce qui pose à certains des soucis de trésorerie. En début d’année, il y a eu aussi pas mal de retards d’approvisionnement de pièces, avec l’interruption des livraisons venant de Chine, le principal fournisseur mondial de panneaux solaires et de composants électroniques, utiles dans le fonctionnement de certaines éoliennes.

« C’est un signal qui a été envoyé à toute la profession », souligne Jean-Louis Bal, le président du syndicat des énergies renouvelables (SER). Un sujet sensible aussi. « En France, l’industrie photovoltaïque reste traumatisée par le dumping exercé par les Chinois, il y a sept ou huit ans, avec d’ailleurs l’assentiment de la Commission européenne », ajoute-t-il.

Aujourd’hui, sur les dix premiers fabricants mondiaux de panneaux photovoltaïques, neuf sont Chinois. Les prix ont été divisés par dix en dix ans, ce qui a contribué aussi à accélérer leur déploiement en Europe. En France, les industriels du secteur ne sont plus qu’une poignée, à l’image de Voltec, de Sillia, racheté par l’Allemand Recom ou de Photowatt, repris par EDF à la demande de l’État.

Le retour d’activités jugées stratégiques

Mais les temps pourraient bien changer. « Les gouvernements de la zone euro réalisent à l’occasion de cette crise à quel point il est important de produire en Europe les médicaments, le matériel médical, mais aussi l’électronique, le matériel de télécoms, les équipements pour les énergies renouvelables », juge Patrick Artus, le chef économiste de Natixis, qui anticipe la relocalisation d’un certain nombre de fabrications jugées stratégiques.

Le ministère de l’économie vient d’ailleurs de demander aux filières concernées de lui faire des propositions rapidement. Pour les renouvelables, le sujet devrait être une des contreparties aux mille milliards d’euros sur dix ans promis par l’Europe, dans son projet de « Pacte vert » (Green deal) présenté en décembre.

Des usines totalement automatisées

En France, l’objectif des pouvoirs publics est de multiplier la capacité installée de photovoltaïque par quatre d’ici à 2028, « ce qui justifie d’avoir davantage d’implantations industrielles sur le territoire », affirme Daniel Bour, le président d’Enerplan, le syndicat de l’énergie solaire.

Avec son électricité décarbonée et son savoir-faire, la France serait ainsi bien placée, selon lui, pour accueillir la fabrication des plaques de silicium. « Les usines de fabrication de panneaux pourraient aussi revenir en Europe, car elles sont très largement robotisées et le coût de la main-d’œuvre n’est plus un élément déterminant », note de son côté André Joffre, le fondateur du cabinet d’études Tecsol et expert reconnu. La région Occitanie planche d’ailleurs sur le sujet.

L’idée d’une taxe carbone aux frontières

« La transition énergétique repose sur des logiques de proximité et d’autonomie. Cela passe par la fabrication des équipements au plus près, mais aussi par la mise en place d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe, en privilégiant l’industrie plutôt que la libre concurrence », juge Jean-Yves Grandidier, le patron de Valorem, un des acteurs historiques des renouvelables en France.


Reste malgré tout la question des prix, qui ne manquera pas de se poser, du moins dans un premier temps. Car jusqu’à présent, les importations massives de matériel venues d’Asie ont permis non seulement de réduire les coûts mais également de diminuer fortement les aides publiques aux différentes filières.


Source : La croix .com

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